Un critique mesquin pourrait qualifier Héritage de Miguel Bonnefoy de soft Garcia Marquez, tant les liens entre Cent ans de solitude et cette oeuvre peuvent être aisément établis, mais ce ne serait pas faire honneur à l'oeuvre du franco-vénézuélien. Héritage, via un dispositif emprunté au réalisme magique, mais aussi au récit d'aventure, parle de sang mêlé, et du lourd tribut à payer quand on est ni français, ni chilien. Tout ceci est illustré via une langue élégante. A lire !

Cela faisait longtemps que je n'avais pas été emporté par le style d'un livre, et je ne peux que vous le conseiller ! En parallèle, comme beaucoup, je lis la saga Blackwater, dont j'ai dévoré le premier tome avec voracité. Je suis ravi qu'une telle littérature ait du succès. Il y a un lien à faire avec Stephen King, déjà parce que McDowell et ce dernier étaient amis, mais aussi dans l'ampleur, les personnages et le fait que les histoires de McDowell soient centrées autour d'une région des US.

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Je suis à peu près la moitié de l'Empreinte de l'Ange de Nancy Huston, qui m'a été offert par ma copine. Il s'agit de mon premier Huston, et je suis plutôt conquis. L'histoire est relativement simple, mais elle est magnifiée par les style et la structure - comme le veut le leitmotiv de Nabokov. Je suis assez bluffé par le style sec, ramassé de Huston, qui dépeint avec une grande finesse les personnages de ce roman, mais aussi par la structure qui alterne les voix avec justesse.

Ah ben ça faisait longtemps... Je lis en ce moment Le musée des contradictions d'Antoine Wauters, formidable recueil de discours/nouvelles, qui, aggloméré.e.s, donnent une vision sociale de notre mon d'aujourd'hui. Le style est lapidaire, cru, sublime, il épouse parfaitement la voix des invisibles qui tour à tour prennent la parole sur des sujets de société. C'est absolument réjouissant, je conseille fortement !

Swarx boosted

Dans "Cent mille ans - Bure ou le scandale enfoui des déchets nucléaires", il y a cet intéressante déclaration de Corinne Lepage :

"C'est bien plus qu'un lobby.
La France est un Etat nucléaire, avec un système politique organisé autour. L'Etat lui-même est le lobby."

Et puis, dans la bouche de Christian Stoffaës :

"L'investissement est tellement colossal que je ne vois pas une personnalité politique importante prendre la responsabilité d'arrêter."

Les écrivain.e.s qui sont décrits dans La plus secrète mémoire des hommes sont tout.e.s en perdition, ne voient pas d'issue heureuse à leurs projets littéraires. Et quand bien même l'un.e d'entre eux connaîtrait le succès, alors celui-ci serait fétichisé, il serait vu comme un contre exemple plutôt qu'un membre fréquentable de la littérature francophone. L'idée de raconter ces trajectoires brisées, court circuitées, au travers d'une enquête sur un écrivain disparu est brillante.

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La plus secrète mémoire des hommes poursuit une quête similaire, mais au lieu de parler de Mal, il décrit avec force détails la place des écrivains africains en France, et plus généralement des immigrés. Bolaño le traitait un peu aussi, puisqu'il décrivait des chiliens au Mexique, mais la plus secrète mémoire des hommes va plus loin, puisqu'il ajoute à cette équation un paramètre: le colonialisme de l'Europe en Afrique, et ses travers modernes.

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Bolaño a toute sa vie écrit sur la littérature. Mais, tout comme en SF, les robots, la nanotechnologie, ou encore le voyage dans le temps peuvent être vus comme du décorum, Bolaño en fait de même avec ses poètes bohèmes. Certes, il parle de littérature, mais cela va bien au-delà: c'est une vue en coupe malade de la dictature chilienne qui nous est proposée, et encore au-delà, la vision de Bolaño de ce qu'est le Mal.

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Toujours dans le labyrinthique La plus secrète mémoire des hommes. C'est drôle comme les livres qui prennent comme sujet la littérature me fascinent, mais je trouve que c'est un sujet casse-gueule, car l'auteur se risque à perdre en universalité. Ce n'est pas le cas de ce livre, et une raison que l'on peut exhiber, c'est son inspiration assumée de Bolaño, et plus particulièrement des Détectives sauvages.

J'ai par ailleurs commencé La Plus secrète Mémoire des hommes, le goncourt 2021, sur les conseils d'une amie. Je n'en ai lu qu'une cinquantaine de pages, et pourtant, j'ai été emporté. Le style est flamboyant, il mêle des mots rares et de l'argot. C'est pour le moment un hommage à la littérature. On sent l'ombre tutélaire de Bolaño planer au-dessus du texte, plus particulièrement les Détectives sauvages. Ce qui n'est pas pour me déplaire ! A suivre !

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J'ai fini hier soir Le Soleil des Phaulnes. C'est un roman de pure SF comme j'en lis finalement assez rarement, chargé en idées et sense of wonder. S'ajoute à ce vertige littéraire une critique acerbe du capitalisme. Clairement, je vais relire du Di Rollo, il reste encore tout plein de bouquins à dévorer (et c'est tant mieux !)

Di Rollo compte parmi les auteurs vers lesquels je vais revenir. Décidément, le Belial est en train de devenir une de mes maisons d'édition préférées !

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Le soleil des Phaulnes part d'une idée de base relativement simple: un multimonde est en train d'exploiter le soleil d'un monde et somme leurs habitants de partir. Le parallèle avec l'ultra-libéralisme rampant qui nous dévore est tout à la fois évident et jouissif. Jouissif surtout parce que la charge virulente contre ce système est argumentée et raisonnée, mais aussi soutenue par des descriptions contemplatives, superbes, des personnages portraiturés en peu de mots et pourtant bien vivants.

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Je suis en plein dans Le soleil des Phaulnes de Thierry Di Rollo. Il s'agit d'un auteur que je suis de loin, depuis quelques années. J'ai un peu lu ce qu'il a fait quand j'étais plus jeune, sans jamais m'épancher davantage sur son talent. Je suis aujourd'hui beaucoup plus sensible à ce type de littérature. J'aime de plus en plus la concision. C'est un exercice extrêmement difficile en littérature, et d'autant plus ardu quand il s'agit de présenter des univers de SF.

Thecel de @Leo_Henry. Une relecture que je tenais à faire après le premier Terremer pour voir des liens. Il y en a, mais c'est du Henry pur jus, avec ce style concis, net, chargé en images et en beaux mots, et qui agit sur moi comme une couette douillet dans laquelle se lover en cas de soucis (genre une pandémie). J'y vois, plus nettement qu'à la première lecture, la dimension hautement politique du texte, mais j'attends avant de tracer un lien précis entre le Guin et Henry.

youtube.com/watch?v=BdTlI7hymI

Un peu de douceur pour cette année qui démarre mal, eh ben moi je dis pourquoi pas !

Quand bien même certaines des positions politiques de Lehman me dérangent, cet auteur compte parmi ceux qui m'ont fait grandir, avec Fabrice Colin et Sabrina Calvo (quoi que cette dernière m'ait pendant un certain temps laissé de marbre avant que je ne découvre Sous la Colline). Voir Lehman s'épanouir et proposer de telles oeuvres en BD me réjouit énormément, et j'espère pouvoir le lire pendant de longues années !

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Quant à Saint-Elme, on découvre une autre part de Lehman, plutôt polardeuse, mais très réjouissante également. Le premier tome, magnifié par le dessin de Peeters, est mené tambour battant, dissémine les mystères avec élégances, et rappelle par endroits certaines scènes de Twin Peaks. C'est drôle de passer d'Ultime Renaissance, qui possède une structure somme toute classique, à Saint-Elme, tout en circonvolutions et en narrations non-linéaires.

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Ultime Renaissance n'a pas la force du premier opus, ni de Métropolis, qui est pour moi le chef d'oeuvre de Lehman dans ce corpus, mais il pourrait être le meilleur point final espéré. Des références aux auteurs contemporains se mêlent à celles des volumes précédents. Ce que semble dire Lehman, c'est que la SF française, aujourd'hui, a sa voix propre. Je trouve cette conclusion plutôt belle !

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La Brigade Chimérique, et tout l'univers autour, est une oeuvre qui a marqué ma vingtaine, et qui continue de m'inspirer. J'adore le discours autour, cette tentative de créer un mythe qui semble pourtant impossible à émerger. La parenté avec La Ligue de Moore est évidente, mais la Brigade offre un discours différent. Ce n'est pas un hommage, ni une tentative (comme Moore le fait souvent) de "pervertir", mais la Brigade tente au contraire d'expliquer la mort de la SF française.

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