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Le pitch en un mot : le flux de conscience de six personnages, de la petite enfance jusqu'à la fin de leur vie, par vagues. On les voit du dedans & du dehors par les yeux des autres, & la voix est absolument la même, comme si les gens, pour différents qu'ils soient, étaient toujours emportés par un flux commun. C'est incroyablement fin & dense & émouvant. C'est le plus abstrait des Woolf lu jusqu'ici, c'est aussi le plus radicool. Plein d'amour pour les gens, plein d'espace pour lae lecteurice.

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Bref retour sur Les Vagues, la claquasse esthétique de l'été. Chédeuvre de Virginia Woolf, qui manifestement a passé sa vie à en écrire (des chédeuvres).

Lisez-le mais épargnez vous la trad de Yourcenar si vous le pouvez, aux choix chelous (les enfants / potes d'enfance se voussoient de bout en bout) & aux notes de bas de page insupportables (Margot estime que son opinion sur le livre doit être régulièrement rappelée).

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Dans L'Obscurité est un lieu, d'Ariadna Castellanau, recueil de nouvelles horrifiques, reco & préfacé par Mariana "La Reina" Enriquez. Du fantastique flippant en mondes hispaniques (Nord de l'Argentine, les outbacks de l'Espagne), qui va du glauque au féérique au grotesque borderline Agrati. Le fond est sombrissime et tourne beaucoup autour des violences - explicites ou enfouies - intrafamiliales. Beaucoup d'enfants en vrac, de parents déconnants. Dur & direct, ça tape fort.

En vrai j'adore Despentes, depuis le début. J'adore la retrouver, y compris avec les trucs moyens, les trucs relous ou qui me vont pas. J'ai des amis comme ça aussi. Despentes est une amie. J'ai acheté le bouquin hier & je peux pas m'arrêter de lire. Je sais même pas ce que j'en pense, je suis juste content d'être avec elle.

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"Ce n'est jamais celui qui fouette l'esclave qu'on retrouve cinq générations plus tard, à se demander que faire de sa honte. C'est celui qu'on enchaîne qui porte la honte. Comme un tatouage, une marque sur le front. Une tache indélébile, dont on ne sait quoi faire. C'est toujours le mal qu'on nous a fait qu'on essaie de se pardonner."

- Virginie Despentes, Cher connard pp.130-131

(on trouve facilement son oeuvre intégrale en .pdf pirate traduite en portugais, le monde est si plein de mystères)

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je découvre Wislawa Szymborska, poétesse polonaise contemporaine ou quasi. c'est très beau & très simple & très drôle. elle a eu le prix nobel je ne sais pas bien quand, son discours d'acceptation est formidable de bon sens & de modestie. magnifique autrice si vous aimez la poésie, & aussi si vous détestez ça ! j'ai pas le bouquin sous la main juste-là, sinon je vous en copierais des bouts pour vous convaincre !

Dans "Underland" de Robert MacFarlane, un bouquin de voyages d'explo souterraines menés sur plusieurs décennies, & du coup essai à la fois érudit & sensuel sur le rapport de l'humanité à ses sous-sols, depuis Neanderthal jusqu'aux poubelles sf de l'anthropocène. Un livre qu'on dirait quasi écrit pour moi.

Reçu le dernier numéro de La Jungle, meilleure revue / fanzine de l'univers : me réjouis de lire le feuilleton Football Fantaisie enfin complet.

zviane.com/lajungle/

Bon, a part la cuisine, led vacances se passent bien : en plus du très zen "a prayer for the crown shy" de Becky Chambers, j'ai enfin fini "la Fabrique des lendemains" de Rich Larson, un recueil de SF plutôt orienté cyberpunk/biotechnologie, quelque part entre Egan et Ken Liu (avec plus d'attention au style qu'Egan, moins de sensibilité que Liu :)

#lecture

"Qu'était-ce donc ? Qu'est-ce que cela signifiait ? Les choses pouvaient-elles projeter leurs mains & vous agripper ? La lame pouvait-elle couper ? Le poing, saisir ? N'existait-il aucune sécurité ? Aucune chance d'apprendre par coeur l'usage du monde ? Aucun guide, aucun abri, mais partout le règne du prodige, le saut du sommet d'une tour dans l'infini ? Etait-il possible que, même pour les gens d'âge mûr, ceci fût la vie ? - alarmante, inattendue, inconnue." - p.246

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Alors bon, sans rien divulgâcher, il y a une partie qui s'appelle "Le temps passe" & qui est une des choses les plus extraordinaires que j'aie lu de ma vie. Magnifique bouquin. J'enchaîne direct avec "Les Vagues".

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Au milieu du "Voyage au phare" de Virginia Woolf. Un chouia plus dense que "Mrs Dalloway", avec un scope serré sur la famille, les relations femmes-hommes & le travail - intellectuel, artistique. Absurdement fin, incroyablement lyrique, il faut bien tenir les fils mais qu'est-ce que c'est bien ! Il y a plus d'intelligence dans ces 200 pages que dans des rayons entiers de bibliothèque. Je sais pas où ça va mais m'attends à me faire rosser le coeur avant la fin. Je vous dirai !

Les #vendredilecture de ce début d'été sont consacrés aux derniers numéros de Présences d'Esprits et Bifrost.

Et parce que @Leo_Henry relatait l'anniversaire de Yama Loka terminus il y a quelques semaines, je plonge aussi dans les récits d'exil de Tadjélé. J'avais été marqué par Yirminingrad, et malgré quelques récits trop cryptiques à mon goût, les évocations de cette ville perdue sont toujours aussi saisissants ici. (Bara Yogoï m'a fait moins d'effet.)

noosfere.org/livres/niourf.asp

« Imaginales : Stéphanie Nicot revient sur son éviction »

actusf.com/detail-d-un-article

La directrice artistique et créatrice du festival vient d’en être écartée après vingt ans de bons et loyaux services. En cause, une mairie sexiste, transphobe et réactionnaire.

J'ai lu l'essai "écrire à l'encre violette" (sous titré "littérature lesbienne en France de 1900 à nos jours"), et en fait ça me fait réfléchir sur la manière dont on étiquette les trucs.
C'est une critique dont les autrices (qui sont 5) de l'essai ont conscience, puisqu'elles en parlent dès l'intro : dire "littérature lesbienne", en vrai, ça veut pas dire grand chose : si c'est les livres qui mettent en scène des relations romantico-sexuelles entre des meufs, ça inclut des textes fétichisant et c'est pas trop l'idée, si c'est des textes écrit par des lesbiennes quid de celles qui sont dans le placard, si c'est des textes perçu comme lesbien par le lectorat lesbien c'est très flou et alors il est question d'angle d'analyse plutôt que catégorie à part entière (perso j'aime bien que ce soit un angle d’analyse ^^)
Mais au delà de ce qu'on met derrière le "label" "littéérature lesbienne", y'a aussi la question de ce qu'on met derrière le mot "lesbien" tout court. Le truc c'est que l'identité lesbienne est socialement construite, et ça recouvrait pas la même chose y'a un siècle que maintenant. Le premier chapitre par exemple parle des années 1900 à 1915, époque à laquelle les lesbiennes sont décrites comme des "inverties" (au même titre d'ailleurs que les autrices, ce que je trouve extrêmement drôle, le livre cite Goncourt qui écrivit que "si on faisait l'autopsie des femmes ayant un talent original [...] on trouverait chez elles des parties génitales se rapprochant de l'homme, des clitoris un peu parents de nos verges", qu'est-ce qu'on se marre ><), c'est à dire des personnes "trop masculines pour être des femmes" qui troublent le genre. (Pareil dans les années 30, il y a la figure de la "garçonne"). Autour des années 90, il y a toujours une porosité entre le lesbianisme et le reste de l'arc-en-ciel puisque comme le dit Aurore Turbiau dans son chapitre dédié aux années 1986-2000, Monique Wittig "pose les jalons pour les études de genre" au travers de ses écrits (sont aussi mentionnés 2 romans d'Anne F Garreta, "Sphinx" et "Pour en finir avec le genre humain" dans lesquels les personnages ne sont jamais genrés). Et cela, c'est pour les recoupements entre lesbianisme et question de genre, mais je sais aussi que jusqu'aux années 70, le concept de bi/pansexualité avait pas vraiment émergé (toutes les femmes aimant des femmes étaient logées à la même enseigne, de toute façon l'homophobie était si présente que même celles qui n'avaient aucune attirance pour les hommes pouvaient se retrouver marier à l'un d'entre eux, donc inutile de faire des distinctions sur l'exclusivité ou non des attirances).
Bref tout ça fait que, à mon sens, l'histoire des lesbiennes n'est pas que l'histoire des lesbiennes : c'est l'histoire des personnes queer_féminines ou queer_associé·es_au_féminin qui étaient réunies sous l'étiquette "lesbienne" jusqu'à ce que cette catégorie se subdivise.
Il s'agit pas de déposséder les lesbiennes de leur culture en disant que telles œuvres ne seraient pas lesbiennes, car elles le sont. Mais elles ne sont pas que cela.
Par exemple, p.233, est mentionné "l'influence de la littérature lesbienne étrangère" et des exemples d'autaires sont donnés entre parenthèses, autaires parmi lesquelles on trouve Leslie Feinberg. Et genre... oui évidemment "Stone Butch Blues" est un roman lesbien, il parle d'un personnage qui évolue dans les milieux lesbiens butch-fem américain des années 50. Mais c'est aussi l'histoire d'un parcours de transition à une époque où les mots pour dire "je suis trans" n'existaient pas (le personnage principale prend de la T pendant plusieurs années). De manière générale, ce n'est pas en tant que lesbienne que ce roman m'a touché : c'est mon cœur trans qui a pleuré à chaque fucking chapitre (littéralement). Alors dire que Leslie Feinberg écrit de la littérature lesbienne, c'est factuellement juste, je suppose. Mais je me sens un peu dépossédée par cette simplification, j'avoue.
Bref, j'ai vraiment l'impression de pinailler, mais dans "écrire à l'encre violette", il est question d'un "déplacement de la littérature lesbienne vers la littérature queer" (p.147) là où j'aurais aimé qu'on tourne les chose à l'envers "un éclatement de la littérature dite lesbienne d'alors vers une littérature lesbienne contemporaine d'une part et de littératures queers d'autre part")

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